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Ils étaient vingt et trois...

Publié le par thalasrum

A l'heure où j'écris, il reste 11 jours avant l'application d'une lubie de notre président: faire lire la lettre de Guy Môquet à tous les lycéens de France le 22 octobre prochain. La finalité est commémorative, mais malheureusement, cette décision n'est en rien intégrée dans les programmes d'Histoire géographie des lycées, c'est un choix totalement arbitraire, subjectif et sans fondement intellectuel. La fin de la décision de M.Sarkozy pourrait être signée du très élégant "Car tel est notre bon plaisir", comme le faisait nos chers monarques de l'Ancien régime.
Instrumentalisation de l'éducation évidente! Malheureusement, cela ne choque pas plus que ça nos chers députés, dont certains se portent candidats auprès des rectorats français pour venir lire cette lettre aux élèves dans les établissements! Des députés par vraiment sarkozystes si l'on en croit leurs étiquettes politiques. Quelle vision de l'éducation peuvent avoir ces gens? N'ont-ils pas appris que science sans conscience n'est que ruine de l'âme? Quelle utilité de lire un texte sans le recontextualiser, le commenter? Pourquoi le 22 octobre?
Le président prétend que tous les élèves doivent connaître cet homme pour ses valeurs. Le président, outre le fait qu'il a une bien piètre conception des valeurs de l'école républicaine, devrait alors se souvenir du texte édité par le Conseil National de la Résistance et qui a servi de base à nos deux dernières constitutions. En voilà la fin, certes quelque peu longue, mais qui mérite d'être connue dans un contexte de remise en cause de valeurs considérées comme archaïques.
"Afin de promouvoir les réformes indispensables :

a) Sur le plan économique :

    • l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie ;
    • une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l'image des États fascistes ;
    • l'intensification de la production nationale selon les lignes d'un plan arrêté par l'État après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
    • le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurances et des grandes banques ;
    • le développement et le soutien des coopératives de production, d'achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
    • le droit d'accès, dans le cadre de l'entreprise, aux fonctions de direction et d'administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l'économie.

b) Sur le plan social :

    • le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l'amélioration du régime contractuel du travail ;
    • un rajustement important des salaires et la garantie d'un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d'une vie pleinement humaine ;
    • la garantie du pouvoir d'achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;
    • la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d'un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l'organisation de la vie économique et sociale ;
    • un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l'État ;
    • la sécurité de l'emploi, la réglementation des conditions d'embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d'atelier ;
    • l'élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l'expérience de l'Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu'aux salariés de l'industrie, par un système d'assurance contre les calamités agricoles, par l'établissement d'un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d'accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d'un plan d'équipement rural ;
    • une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
    • le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l'instruction et d'accéder à la culture la plus développée quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l'efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation. Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l'action gouvernementale.

L'union des représentants de la RÉSISTANCE pour l'action dans le présent et dans l'avenir, dans l'intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourraient freiner leur action et ne servir que l'ennemi.

En avant donc, dans l'union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N et de son président, le général De Gaulle !

En avant pour le combat, en avant pour la victoire, afin que VIVE LA FRANCE !

LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE"

Ces hommes qui ont lutté contre le régime de Vichy, qui se sont battus contre le nazisme, ont réfléchi à ce qu'ils voulaient léguer au futur, c'est à dire à notre présent. Monsieur le Président devrait donc se souvenir qu'en faisant lire un texte d'un résistant, il ne peut en aucun cas faire l'impasse sur le mouvement qui a porté ce résistant à mourir si jeune. Il est mort pour des valeurs. Des valeurs qui prônaient une société plus juste, plus démocratique, plus sociale.
Monsieur le Président devrait se souvenir que quand il recule l'âge de la retraite, il va à l'encontre du programme du CNR, quand il refuse de revaloriser les pensions de retraite, il va à l'encontre du programme du CNR, quand il veut augmenter le temps de travail des salariés, il va à l'encontre du programme du CNR, quand il met en place une loi pour supprimer les délits financiers, il va à l'encontre du programme du CNR, quand il veut diminuer les horaires de cours des élèves tant en primaire qu'au collège derrière l'argument du travail le samedi matin, il va à l'encontre du programme du CNR, quand il met en place des franchises médicales, il va à l'encontre du programme du CNR, quand il met en place des lois iniques sur l'immigration, il va à l'encontre du programme du CNR.
"Le bourreau tue toujours deux fois. La seconde fois par l'oubli" écrivait Elie Wiesel. Monsieur le président fait pire. Il instrumentalise l'Histoire à son propre profit. Il est plus que temps de lui rappeler que l'Histoire avec un grand H ne s'effacera pas de la mémoire des gens, même si les témoins de cette époque sont chaque jour moins nombreux!
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