Les profs sont-ils responsables de l'échec scolaire?
La démocratisation du système scolaire, opérée à partir des années 1950, a permis a de plus en plus d'élèves d'accéder au collège, puis au lycée. En 1985, l'objectif est lancé que 80% d'une classe d'âge atteigne le niveau baccalauréat. Une nette progression des niveaux d'études, des qualifications a été constatée jusqu'au milieu des années 1990. Ensuite, la progression se bloque, un noyau d'échec scolaire irréductible se forme.
Les analyses politiques faites depuis, renvoient systématiquement à un échec du système scolaire, mais sans jamais prendre en compte la dégradation socio-économique. Deux éléments s'additionnent : d'une part, l'écart entre les élèves s'accroît d'autant qu'une partie des familles populaires s'enfoncent dans la misère, d'autre part, l'hétérogénéité des élèves dans les établissements tend à disparaître, en particulier dans les ZEP, non pas tant par le contournement de la carte scolaire (qui est un problème), que par la paupérisation croissante des quartiers. La fuite vers le privé, subventionné de manière contestable au même niveau que le public, débouche sur la mise en place d'établissements publics ghettos. De plus, les dédoublements en collège ont presque disparu, les effectifs souvent pléthoriques des classes de lycée empêchent la mise en place d'une quelconque « pédagogie différenciée ».
Les temps de concertation entre collègues, pour échanger, partager leurs pratiques ne sont toujours pas pris en compte dans leurs services, alors qu'il sont un élément clé du bon fonctionnement des établissements et de la qualité de l'enseignement du service public..
L'échec scolaire est aujourd'hui traité par le gouvernement par l'exclusion, à tous les niveaux de l'enseignement secondaire. La possibilité d'une « orientation » vers l'apprentissage dès l'âge de 14 ans, puis l'obtention nécessaire du socle commun pour poursuivre des études en lycée général constituent deux étapes majeures de sélection dès le collège. Ces mesures contredisent le constat que les entreprises, malgré le sur coût, préfèrent employer un bac professionnel plutôt que le possesseur d'un BEP. Au lieu d'exclure une partie des élèves dès 14 ans, il est nécessaire, par une diversification des parcours scolaires, de scolariser l'ensemble des élèves jusqu'à 18 ans, en relançant les lycées généraux, technologiques et professionnels, et en multipliant les passerelles possibles entre les différentes filières.
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