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Le régionalisme européen est-il l'avenir de l'UE ou son cercueil ?

Publié le par Mouloud

Union EuropéenneLa crise politique belge de cette semaine est intéressante en ce que son point de départ apparaît réduit par rapport aux conséquences induites ! En effet, depuis presque une décennie ouvertement & depuis plusieurs mois de façon violente, une partie importante des flamands affiche des velléités séparatistes par rapport aux wallons. La crise politique qui a amené la chute du gouvernement n'est qu'un épisode supplémentaire de ce phénomène. Il est intéressant pour les raisons même que ce phénomène existe dans de nombreux pays européens, de manière plus ou moins exacerbé, & est directement lié au phénomène européen.

L'Union Européenne a choisi comme entité de base pour ses programmes de développement, la région. Terme plus ou moins valable d'un État à l'autre, mais que l'on retrouve globalement partout dans l'UE, quelque soit la dénomination. Mais du Limousin français à la Bavière allemande, du Connemara irlandais à l'Andalousie espagnole, les réalités sont plus que diverses.

L'ouverture progressive de l'UE a aggravé les différences de richesses entre les plus favorisés & les plus défavorisés, au point que même les plus illuminés parmi les libéraux ont fini par admettre que le développement économique de l'UE passait nécessairement par une aide au développement des infrastructures. C'est à partir de ce moment-là que les régions sont intervenues, avec la définition des régions qui bénéficiaient d'aide au titre du retard de développement ou au titre de leur situation (les régions ultrapériphériques telles que la Guadeloupe, Réunion...).

Dans un pays comme la France, avec un fort ancrage national & un centralisme millénaire...(Hugues Capet, Saint Louis, Louis XIV, Robespierre, De Gaulle...), cette aide aux régions n'a pas posé problème. En Allemagne, où les Länder sont pourtant solidaires entre eux financièrement, contrairement aux régions française, les dents ont commencé à grincer quand il a fallu payer le retour de l'Allemagne de l'Est, mais allemands pour allemands, la situation s'est plutôt bien passée.

Par contre, l'Italie, & plus récemment l'Espagne, avec l'intégration des pays de l'Est, sont passés d'État pleinement bénéficiaires à une drastique réduction des aides. Depuis lors, la situation se tend & les régionalismes, qui ne demandaient qu'à ressortir sont à fleur de peau, tant pour l'eau en Espagne, que pour le développement en général entre la riche Italie du Nord & le pauvre mezzogiorno. Le séparatisme n'est de mise que dans des bouches extrémistes, mais il existe. Les choix de l'UE renforcent ces séparatismes, en favorisant les régionalismes. La Catalogne ou le Pays Basque s'engoufrent dans la brèche autonomiste, la Lombardie aimerait faire de même. Les riches flamands aimeraient se débarrasser des wallons.

Mais quel avenir à terme ? On est toujours le pauvre de quelqu'un. La situation n'est pas viable à terme, si ce n'est à créer un damier de régions de plus en plus riches jouxtant des régions de plus en plus pauvres. L'interface Nord-Sud devient de plus en plus intenable, malgré les discours, malgré les murs dressés aux États-Unis, malgré l'espace Schengen. Envisager la création de régions autonomes ou indépendantes, c'est renoncer à un contrat social où chacun à une place, où la redistribution permet à tous de vivre décemment, autour d'un projet commun. Est-il possible de vivre sans autre contrat social que le chacun pour soi ? C'est le grand projet libéral, il porte un nom : la guerre de chacun contre chacun, l'état primitif de la guerre du feu !

C'est en cela que le projet de l'UE doit inclure un pacte social, définissant des droits sociaux identiques pour tous, & mettre en oeuvre au plus vite une solidarité entre tous, pour permettre aux séparatismes de se noyer & laisser émerger l'ensemble des velléités d'un vivre ensemble majoritaire !

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arnaud 25/04/2010 09:46



autre point important, la volonté d'indépendance (si on prend les résultats des  partis nationalistes basques et catalans depuis 30 ans) imprègne ces deux sociétés, les partis nationalistes
(dont la sensibilité politique va du centre droit à l'extrème gauche) sont largement majoritaires. Venez vous balader dans les rues de Saint-Sébastien ou de Barcelone et vous comprendrez! La
majorité des basques et des Catalans ne se sentent pas Espagnols.



thalasrum 25/04/2010 13:26



Justement, il y a 30 ans, basques ou catalans, se sentaient basques ou catalans avant de se sentir "espagnols"... C'est sûr que Franco ne les avait pas vraiment aidé, les pauvres.


Mais de l'autonomie de 1978, au séparatisme en très forte croissance, il y a quand même un long chemin effectué sous les auspices plus que bienveillants de l'Union Européenne !



arnaud 25/04/2010 09:40



je tiens à signaler que les autonomies (très larges en ce qui concerne le Pays Basque et la catalogne) datent quand même de la constitution 1978 et l'Espagne n'a pas attendu l'entrée dans l'Union
européenne pour cela. Il me semble tout à fait démocratique et sain que plusieurs millions d'habitants aient une forme de reconnaissance de leurs particularismes, de leur culture (langue,
histoire...).                                                 La situation
est bien différente en ce qui concerne le Nord de l'Italie où on a seulement des motifs économiques et financiers. La Ligue Lombarde n'a pas de projet national comme au Pays Basque ou en Irlande
du Nord.



thalasrum 25/04/2010 13:30



Bien évidemment, les statuts espagnols sont très loin de ceux d'un région française, les länder allemands aussi ont un statut avec une large autonomie.


& sincèrement, je pense qu'au-delà des particularités culturelles qui s'expriment actuellement parfaitement tant en Catalogne qu'au Pays Basques, ce sont bien des intérêts uniquement
économiques & financiers qui poussent ces deux régions vers le séparatisme. Comme tu l'écris toi-même ils ont l'autonomie depuis 1978, peuvent développer leur langue...


La différence, c'est la renégociation des aides de l'UE, qui a fait perdre à l'Andalousie... énormément, & qui devraient être payées par les provinces riches espagnoles, ce qu'elles refusent
de plus en plus. Si l'on surajoute le problème de l'eau de l'Èbre...